PRÉFACE




« Que diable allait-il faire dans cette galère ? » Molière, Les fourberies de Scapin

 

La sculpture serait ce premier geste pour tenter de s’extraire de cette absurde et incompréhensible situation de la vie humaine dans la tragédie de sa finitude, suspendue entre naissance et mort, premier geste souvent maladroit d’appel d’un sens, et qui prend la forme, chez Fondacaro, de l’esquisse d’un pas de danse qui libèrerait le corps de l’homme des lois de la pesanteur…

Puis, parce qu’un premier pas en engage un autre puis un autre, se lancer dans le long parcours de la construction d’un chemin sur lequel ce premier pas l’aurait involontairement porté, puis emporté dans ce désir fou de légèreté.

Ce chemin est certes périlleux et exigeant, et le conduit en ce mouvement ascendant, s’allégeant de toute certitude quant au centre de notre gravité, au vertige du doute, celui que promet toute ascension. Seul l’exercice journalier marquera sur ce chemin d’élucidation, les cairns que sont les sculptures qui jour après jour indiquent, si ce n’est un sens, une direction prise, et lèvent une pensée dans le recul devenu nécessaire pour ne point rendre les armes.

Cette pensée s’articulera donc dans l’écriture que ces corps-sculptures tracent dans l’espace, s’affranchissant ainsi des aléas d’une psychologie souffrante ou d’une ambition égotique, déviances de l’art de notre temps, afin qu’en retour elle réponde à une logique interne et autonome. Pensée qui lui donnera la ligne de cette écriture qui se développera d’elle-même, prompte aux changements, susceptible d’ouvrir celle-ci, au-delà de toute volonté représentative ou expressive, à sa propre vitalité.

Là commence le mystère lorsque cette écriture le surprend et le pousse à reconnaître la forme qu’elle lui impose comme malgré lui.

Parlant de son œuvre, Louis Pons écrivait avec dérision cet aphorisme qui pourrait aussi bien s’adresser à Fondacaro :

 « Il se prend pour une moitié d’oiseau, c’est son problème ».

Ainsi en serait-il ce qui conduit ici le sculpteur sur le difficile vecteur d’une pensée qui le mène à l’épure d’une verticalité qui le mettrait à l’épreuve de ses propres limites.

Ce serait à ce point nodal de la menace d’une disparition même de la forme, que se pose aujourd’hui la nécessité d’une incarnation dans le corps qui se démultipliant, s’agglutinant, se solidarisant, se confondant, se clonant, reprend ce mouvement initial en une nouvelle direction, relançant le premier geste, réactivant la pensée selon un autre point de vue, non plus celui d’un élancement, devenu douloureux et vain, mais celui d’un retournement, d’une révolution qui ne prend plus l’œuvre comme objet, mais lui confère celle d’un sujet, fut-il multiple, anonyme, telle une cohorte où les solitudes ne nouent en un monstrueux conglomérat dont l’absurde mouvement serait l’effort ultime de trouver le sens de cette fuite éperdue.

Dans le mouvement de ces corps l’artiste s’interrogerait sur ce qui porte la nécessité de l’œuvre, devant tant de fragilité et de force, d’humanité et de monstruosité, de nudité et de pudeur. Son regard l’emporte et nous importe.

 

Evelyne Artaud, février 2017


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